Grève le 18 juin
Pôle emploi :
Un bilan complètement négatif
La loi sur la fusion a été adoptée le 13 février 2008, mais qu’en est-il vraiment ?
Rappelons les raisons affichées par le candidat Sarkozy pour que cette fusion se fasse.
Le slogan était «plus de proximité et un interlocuteur unique capable de répondre à tous types de questions de l'inscription au reclassement en passant par l'indemnisation et le suivi» donc deux « idées » : une plus grande proximité géographique et un seul interlocuteur polyvalent.
Faisons le bilan réel de ces deux affirmations, l'une après l'autre.
« Plus de proximité »
Avant fusion, il y avait 650 implantations Assedic et 900 implantations ANPE ; si certaines villes n'avaient que l’une des deux, cela représentait plus de 1500 implantations au total. Le Directeur général, lors de son audition au Sénat, a affirmé que Pôle Emploi serait constitué de 946 sites mixtes à fin octobre 2009 (soit à peine plus que les ex-implantations ANPE) Cela créera des déserts complets. De plus, les implantations à venir sont loin d'être en phase avec les réseaux de transports en commun.
Comme d'habitude, ce seront les zones rurales qui seront délaissées. Nous allons vers des (très) grosses unités au détriment des services de proximité (voir à ce sujet la colère du Député Maire UMP de la Ferté-Alais). Dans certaines petites localités, il y avait soit l'ANPE ou l'ASSEDIC, mais demain dans tous les cas de figure, le demandeur d'emploi devra faire 30 km ou plus par tous les temps (parfois à mobylette ou à vélo, moyens de transport dont vous faites la promotion) pour se rendre, chaque mois, à ses convocations. Quelle drôle de conception de la «proximité» !
De plus, cette restructuration immobilière, faite à la hâte pour satisfaire là aussi un « bon de commande » présidentiel, sans référentiel établi, négocié avec les Représentants du Personnel, est bien loin d’assurer la meilleur ergonomie possible aux agents (Un bureau affecté à chaque agent) et de prendre en compte les impératifs de sécurité (double accès dans chaque bureau, dont l’un donnant sur un couloir de dégagement). De plus elle s’effectue sans moyen financier adapté à reconfigurer les aménagements des agences en fonction de la nouvelle offre de service, et des flux de visites. Les dossiers présentés dans les différents comités d’établissements sont des bidouillages de combinaisons entre les réseaux Assédic et Anpe sans réelle cohérence. Conséquences, les personnels perdent leur temps en déplacements inutiles et les DE sont dans des espaces qui ne conviennent pas, avec le plus souvent une signalétique défaillante. Pire, à terme, Pôle Emploi se retrouvera avec un parc immobilier inadapté tant au niveau du nombre et des lieux d’implantation qu’en terme de fonctionnalité pour faire face à ses missions. Quelle gabegie en perspective !
«L'interlocuteur unique»
Auparavant, dans les deux organismes (ANPE et ASSEDIC), les temps de formation aux réglementations étaient d'environ 6 mois pour en appréhender la théorie. Maintenant, il faudrait aux collègues issus de l’ASSEDIC être formés et performants sur 35 domaines, dont l’examen montre bien qu’un une vraie formation ne peut absolument, pas tenir dans les 7 jours de la session.
Par ailleurs, il faut savoir par exemple que la réglementation de l'Assurance Chômage tient compte des particularités professionnelles à travers 12 annexes différentes en plus du régime général, car les spécificités d'exercice des métiers des marins de commerce ne sont pas les mêmes que celles des ouvriers agricoles, des personnels navigants de l'aviation civile ou des assistantes maternelles. Par exemple, le fait qu'un marin de commerce ne puisse pas rentrer chez lui une fois son «quart» à bord terminé est pris en compte par la réglementation dans le calcul de « l'affiliation » (temps de travail nécessaire pour ouvrir des droits) en intégrant les congés dans cette affiliation.
La « simplification » demandée par Monsieur Wauquiez aboutirait à la création d’une allocation forfaitaire unique a minima, ouvrant la porte à une indemnisation du chômage optionnelle et aux compagnies d’assurance.
Le Directeur général affirme (à la 16ème minute de son audition au Sénat) que d'ores et déjà 4500 agents de PE auraient la double compétence après 3 ou 7 jours de formation (selon l'origine). La plaisanterie est grosse, il ne s'agit que d'une vitrine et non du fameux « INTERLOCUTEUR UNIQUE » tant vendu pendant la campagne présidentielle par le candidat Sarkozy. En effet, pour pouvoir procéder à l'attribution de la double compétence, il faudrait que chaque agent de Pôle Emploi puisse suivre les 6 mois de formation qui lui manquent. En imaginant qu'il soit possible de retirer chaque semestre 5 % de l'effectif pour le former (en plus des absences « naturelles » : congés, arrêt maladie, etc.) il faudrait 10 ans pour que tous puissent être « baptisés » INTERLOCUTEUR UNIQUE.
En tout état de cause, le véritable objectif en la matière est de ne servir aux demandeurs d’emploi qu‘un « accueil de premier niveau ». Rien à voir avec une véritable volonté de répondre à leurs attentes.
La casse est en route puisque le Conseil d'administration (seule la CGT a voté contre) vient de décider de « confier » à des Opérateurs Privés la réinscription après moins de 6 mois de radiation ! Le démantèlement du Service Public de l' Emploi et de la protection sociale, pour en faire une source de profit pour « les marchands », s'accélère ! Peu leur importe qu'au passage des allocataires aux droits potentiels s'en voient privés.
Nous pouvons donc affirmer qu'aucune des « raisons » avancées pour procéder à cette fusion ne sont et ne seront jamais réalisées !
Le slogan simpliste et démagogique de Sarkozy candidat révèle ses failles.
Les raisons pragmatiques d'un indispensable moratoire à la mise en place des sites mixtes.
Toutes les Organisations Syndicales de Pôle Emploi vous ont demandé un moratoire sur la mise en place de ce dernier, qu'elles furent pour ou contre la fusion dans son principe. Ceci pour une raison simple : la nécessité de laisser les énergies et les compétences se concentrer sur ce qu'elles savent faire sans troubles, ni stress supplémentaire (mobilité contrainte, changement d'équipe, instabilité des encadrements, dilution des responsabilités, etc.). Au-delà des raisons de principes, c’est la seule solution raisonnable aux problèmes que nous rencontrons. C’est le seul moyen de limiter les difficultés que peuvent vivre les personnels en plein désarroi de ne pas pouvoir répondre à la détresse des demandeurs d'emploi entre autres du fait de la pagaille généralisée provoquée par cette fusion.
Lorsque le Directeur général affirme que le traitement aurait été pire si la fusion n'avait pas eu lieu, cela relève de la méthode Coué. Vous prétendez qu'il n'y a plus les files d'attente, mais il sait très bien que ces files d'attentes ont été camouflées derrière le brouillard virtuel du 3949.
Prétendre que le délai de traitement des demandes d'allocation serait de 2 jours, là encore, relève d'une propagande sans scrupule.
Bon nombre de dossiers déposés depuis des lustres en accueil de Pôle emploi ne font l'objet de recensement qu'au moment du traitement. Il s'agit d'une conséquence induite de la gestion par objectif : «le camouflage». Ceci d'autant plus que les Demandeurs d'Emploi n'étant reçus qu'une seule fois pour faire étudier leurs droits, lors de leur inscription, lorsque le dossier est incomplet, il leur est restitué. Mais tous dépôts ultérieurs ne se font que de manière épistolaire sans que jamais le Demandeur d'Emploi ne puisse s'assurer auprès d'un agent, avant dépôt, que le dossier et les pièces qui y sont jointes sont «exploitables» et conformes.
De ce fait, il n'est pas rare que certains allocataires voient leurs dossiers faire 3 ou 4 «navettes» avant que leurs droits ne soient notifiés, cela prend parfois plusieurs mois, il y a donc belles lurettes que les délais liés aux différentes carences et différés sont dépassés au moment du premier paiement. Mais les dégâts sont là du fait du retard administratif : agios, interdictions bancaires voire expulsions locatives.
Mais la règle qui doit prévaloir, si nous avons bien compris c'est « tout va très bien, Monsieur le Président... ! ».
Des recrutements insuffisants mais à former de manière indispensable.
C'est maintenant qu'il y a besoin de renforts. Non pas pour plus de radiations ni de pressions exercées sur les demandeurs d’emploi pour qu’ils acceptent tout ce qui leur serait présenté comme une « offre raisonnable d’emploi », mais pour répondre à leur droit à une qualification et à un contrat de travail qui répondent à leurs demandes.
Pourtant avec les 1840 recrutements que vous annoncez, la réalité tout est autre : 840 (en CDD) d'entre eux sont en lien avec le traitement des CTP, etc. Les 1000 autres seront en CDI, cela fait donc à peine plus d'un agent supplémentaire pour chaque site mixte « annoncé » en fin d'année. Quand seront ils formés à l'ensemble des activités en lien avec les besoins des Demandeurs d'Emploi ? Quand suivront-ils les formations qui pour être sérieuses devraient durer 1 an (2 x 6 mois) ?
En fait, les nouveaux recrutés vont être mis en première ligne face au désespoir et la colère des chômeurs pour « animer les salles d'attente », ce qui revient à dire pour renvoyer ces derniers sur le 3949. Des punching-balls donc, et aucune perspective de formation sérieuse avant des années.
Alors nous disons : « Non, sincèrement, Monsieur le Directeur, tout cela n'est pas bien sérieux, vous savez tout aussi bien que nous que cette fusion avait un fondement idéologique et stratégique ».
Non seulement cette fusion casse des principes fondateurs de garantie d’égalité et met à mal ceux de la Protection Sociale Solidaire, mais sa mise en oeuvre génère du mal-vivre au travail, de la souffrance et contribue à amener nos collègues les plus fragiles à parfois passer à des actes désespérés. Mais également des situations dramatiques pour les Demandeurs d'Emploi, qui ne sont plus traités avec la considération à laquelle ils ont légitimement droit.
Quant aux Responsables, ils devraient leur être possible d’opposer « aux princes qui nous gouvernent » que la situation ne permet pas de mettre en oeuvre Pôle Emploi, sinon cela reviendrait à vider le terme de RESPONSABLE de son sens et le transformer en synonyme de « courtisan ».
Les raisons fondamentales de cette fusion ne résidaient donc pas dans un souci d'efficacité mais bien dans des motivations idéologiques et stratégiques.
Les syndicats CGT des Assedic et la CGT ANPE étaient opposés pour des raisons de fond à la fusion, opposition du fait que cette fusion n'a pour seule raison d'être la casse de deux fondements de notre société acquis à l'issue de la guerre :
1°) le Service Public, garant de l'égalité de traitement des citoyens.
2°) Une protection Sociale Solidaire par le salaire socialisé (salaire différé).
La stratégie est simple :
· casser les deux concepts en les fusionnant et en les vidant de toute leur substance ;
· utiliser l'indemnisation et l’aide au retour à l’emploi comme outils de coercition à l'encontre des demandeurs d'emploi ;
· manipuler les chiffres du chômage pour les rendre « présentables ».
AUJOURD'HUI, LA DIRECTION DOIT LAISSER LES PERSONNELS DE TOUTES ORIGINES SE CONCENTRER SUR LEURS SAVOIR-FAIRE AFIN DE PERMETTRE A CHACUN D'ENTRE EUX DE RÉPONDRE AUX ATTENTES DES DEMANDEURS D'EMPLOI AVEC L'EFFICACITÉ A LAQUELLE ILS ONT DROIT.
« MONSIEUR LE DIRECTEUR ARRETEZ LA CASSE ! »
MORATOIRE SUR LA MISE EN PLACE DE PÔLE EMPLOI
TOUTES, TOUS EN GRÈVE LE 18 JUIN !
