vendredi 2 avril 2010

Un mirage ou un miroir aux alouettes ?

Calculette en main, tous les agents ont fait le décompte de leur futur mirobolant salaire à Pôle emploi. En cette période caractérisée par le « travailler plus pour gagner moins » il est bien sûr humain de se laisser tenter par des propositions si alléchantes, et un certain nombre ont passé le « cap »!

Nous avions alerté maintes fois sur les risques liés à ce changement de statut. Voici pour les hésitants un petit récapitulatif toujours d’actualité :


SALAIRES : Le gain s’arrête à la prime d’ancienneté mais rien ne garantit que cette prime perdure lors des nouvelles négociations.
Même constat pour l’allocation vacances qui peut disparaître puisqu’elle n’est pas un 14ème mois mais une prime.
Le salaire actuel même complété du supplément « si applicable » peut se voir diminuer car divisé par 14,58 mois au lieu de 12 alors qu’en est-il si dans les futures négociations le 14ème mois est remis en question ?
Comme dans les entreprises privées où l’on propose un gel, voire une baisse des salaires en faisant du chantage à l’emploi


EVOLUTION PROFESSIONNELLE : Fini l’avancement automatique à l’ancienneté. Ex : sous statut 2003, en niveau II et III, l’écart est respectivement de 67% et 78% entre le début et la fin de carrière et l’avancement se fait de manière automatique car c’est un droit statutaire !
Ce que propose la CCN, c’est 27,5 % en 25 ans pour tout le monde.
Alors, commencer avec un meilleur salaire oui, le voir évoluer 3 fois moins rapidement où est le progrès ???


AUGMENTATIONS INDIVIDUELLES : La CCN ne fixe aucun quota, il n’y donc aucune garantie à un agent d’en bénéficier. Quand elle est proposée, elle est directement liée à l’évaluation du travail de l’agent, à la mesure de sa productivité individuelle d’où le risque de pression du groupe ou de la hiérarchie. Il n’est pas rare de voir des agents indemnisation sans une seule augmentation pendant 10 ans, quelle belle perspective !
On pense toucher tout de suite mais les risques sont grands pour demain de « plafonner » (pas de négociation salariale collective, gel des quotas d’augmentation individuelle).


MAINTIEN DU REVENU : Hors assurance personnelle dite « de maintien du revenu », la protection en cas de grave maladie permet à un agent statut 2003 de maintenir son revenu 1 an à plein traitement et 2 ans à demi-traitement contre 4 mois et 4 mois dans la CCN.
Bien sûr la mutuelle compense cette perte de revenu mais pour combien de temps et pour quelle cotisation supplémentaire au fil des années quand le salarié vieillit ?


MOBILITE : Dans la CCN, la mobilité forcée existe : Un salarié de droit privé peut être déplacé pour raison de service à une distance de 40 km ou 60 mn. A contrario, pour ceux qui demandent à muter, c’est parfois le contraire :
Les chiffres sont là pour le souligner en 2008, 1,35% des salariés Assédic ont obtenu une mutation choisie quand pour la même période 9,35% des agents ANPE en obtenaient une.


TEMPS PARTIEL : 31,6% de demandes de temps partiel validés à l’ANPE en 2008 contre 13,6% à l’Assédic. Tout temps partiel actuel à l’agence à 80% est rémunéré 85,7% mais 80% pour les agents qui opteront. Attention donc au calcul proposé qui est indiqué sur un temps plein !
Aucune garantie n’est donnée à l’agent de voir valider son choix de temps partiel et les premiers retours de certains collègues montrent bien que la direction entend profiter de la signature pour remettre à plat les jours accordés dans les agences !
Et il se confirme que la possibilité de continuer à cotiser pour un temps plein est impossible !


CONTENU DU POSTE : Sur les contrats de travail reçus par les optants apparaît l’intitulé de fonction « technicien ». Quelle sera alors la latitude de refuser formation ou polyvalence sur l’indemnisation puisque votre contrat stipule que vous êtes dans la classification ex-RAC?


SANCTIONS DISCIPLINAIRES : Le recours au licenciement individuel est fréquent et utilisé dans le droit privé (hors procédures « amiables »). La procédure est plus expéditive et sans droit à un défenseur et examen comme en CPN.
En 2008, 1 seul licenciement disciplinaire à l’ANPE pour 349 à l’Assurance Chômage (73 de + qu’en 2007).


Le constat est donc flagrant : le statut public garantit des droits collectifs bien plus conséquents. !


De plus, cette CCN est incomplète : on n’y trouve rien sur les classifications, l’OARTT, le droit à la formation, la GPEC, la prévoyance et la maladie et surtout cette convention est révisable d’ici 3 ans !!!

Quand on compare les systèmes de traitement du chômage en Europe, que constate-t-on ?

En Suède, l’équilibre général du système assurance chômage est sérieusement menacé suite à la décision de l’état de se retirer du financement.
L’Allemagne, l’Espagne et les Royaume-Unis ont eux aussi fusionné leurs services indemnisation et placement.
Résultat : Au Royaume-Uni, l’Employement Service (équivalent de l’ANPE) employait 32 000 salariés, le Bénéfit agency (ex Unédic) 72 000 salariés, soit 100 400 salariés.

Depuis la fusion des 2, il reste 75 000 salariés soit plus de 25 000 suppressions de postes.

N’a t-on pas entendu notre ministre dire qu’en cas de baisse du chômage le nombre de conseillers Pôle emploi ne se justifiait pas ?

N’assiste t’on pas à une externalisation de plus en plus fréquente des services sur des prestataires extérieurs ? Bientôt le 3995 ou le 3949 ?

A t-on déjà vu dans un seul pays au monde une fusion qui ne génère pas des suppressions de postes ?